Ronald Dore, défenseur du management à la japonaise depuis de longues années, redoute que les dirigeants des firmes japonaises n'aillent trop loin dans le sens des intérêts de leurs actionnaires. Pour lui, l'harmonie qui règne traditionnellement entre la direction et le personnel des entreprises nippones est exemplaire et le recrutement interne pour les postes de direction devrait constituer la règle. Ushiro Jirô dénonce quant à lui le maintien abusif de pratiques existantes tout en affirmant que les sociétés doivent améliorer l'efficacité de leur capital et répondre aux demandes internationales afin de pouvoir mobiliser des fonds au meilleur taux possible sur les marchés des capitaux.
Les PME japonaises sont de véritables mines d'ingéniosité. Le niveau technologique élevé et le soutien important dont elles bénéficient montrent à quel point les discours pessimistes annonçant une "délocalisation" imminente de l'industrie nippone sont injustifiés. Les petites entreprises feraient bien de profiter de la phase actuelle de récession prolongée pour embaucher des employés d'une grande compétence. Elles ont également intérêt à transformer leurs usines en vitrines locales de leurs activités, à s'efforcer de développer de nouveaux secteurs et à tirer parti de leur réseau de liens avec divers milieux.
UNE STRATÉGIE ASIATIQUE POUR LE JAPON
Il est temps de forger une nouvelle idée de l'Asie, dans laquelle la coopération régionale jouera un rôle accru. L'Europe de l'Ouest et l'Asie doivent toutes deux collaborer avec les États-Unis pour permettre à la première puissance mondiale d'agir de façon vraiment efficace. Si les nations européennes ont fait un grand pas en avant vers l'unité, les choses progressent beaucoup plus lentement en Asie. Les États-Unis auraient tort de s'opposer aux efforts de coopération et de solidarité régionale en Asie, efforts grâce auxquels les tendances nationalistes pourront être jugulées. Le Japon, quant à lui, doit être le premier à oeuvrer dans le sens d'une nouvelle conception de l'Asie.
Jusqu'à présent le Japon s'est essentiellement contenté d'évoluer dans un environnement où le dollar est la monnaie de référence. Il a déjà par deux fois -- au début des années 70 et au milieu des années 80 -- laissé passer l'occasion de donner une dimension véritablement internationale à sa monnaie, préférant garder ses marchés fermés dans l'espoir de contenir le chômage et de protéger les avantages acquis. Aujourd'hui, plutôt que de chercher à promouvoir le yen, le Japon doit s'efforcer de mettre en place une monnaie régionale qui constituerait une version asiatique de l'euro. Pour ce faire, il lui faut oeuvrer à l'instauration d'une sphère économique régionale unifiée, en commençant par importer davantage de produits des autres pays de la région et par libeller en yen les prêts qu'il leur octroie.
Les progrès de l'intégration européenne pourraient déboucher sur la formation d'un vaste ordre central-européen dominé par l'Allemagne. Au XXIe siècle, le jeu politique mondial devrait mettre aux prises quatre grandes puissances : les États-Unis, l'Europe centrale, la Russie et la Chine. Ces quatre empires rivaliseront entre eux pour contrôler les conflits survenant dans les régions périphériques qui les séparent. Dans ces conditions le Japon semble voué à un avenir peu enviable où il risque fort de se retrouver pris dans un étau constitué par les États-Unis et la Chine.
Un symposium consacré à la sécurité en Asie de l'Est s'est tenu en mars au Massachussets Institute of Technology. Quatre politologues -- deux Américains et deux Japonais -- ont participé aux débats, que présidait Richard Samuels. Celui-ci a insisté sur les intérêts stratégiques des États-Unis en Asie et affirmé qu'il serait faux de croire que l'alliance avec le Japon constitue nécessairement pour l'Amérique le meilleur moyen de promouvoir ses intérêts dans la région. Tanaka Akihiko, membre du comité éditorial des Cahiers du Japon, a expliqué en quoi la vision japonaise de l'alliance entre le Japon et les États-Unis s'est modifiée. Thomas Christensen a parlé de l'influence des relations nippo-américaines sur les liens entre les États-Unis et la Chine. Pour finir, Takagi Seiichirô s'est interrogé sur la pertinence de la notion de triangle États-Unis-Japon-Chine pour comprendre les relations entre les trois pays.
POLITIQUE
Katô Kôichi a occupé le poste de secrétaire général du Parti libéral-démocrate au pouvoir de 1995 à 1998. Il a abandonné ses fonctions après la démission du premier ministre Hashimoto Ryûtarô consécutive à la débâcle du PLD aux sénatoriales de juillet 1998, sans doute pour montrer qu'il assumait sa part de responsabilité dans cette affaire. Mais depuis, il est devenu président du Kôchikai, un clan influent du PLD, et l'on s'attend à ce qu'il se présente en septembre prochain à l'élection pour la présidence du parti contre le premier ministre Obuchi Keizô. Katô Kôichi, qui se considère comme l'héritier du courant conservateur dominant, est partisan de la prudence quant au renforcement du rôle militaire du Japon et considère que l'Archipel doit se fixer un nouvel objectif où la recherche scientifique tienne une place centrale.
CULTURE ET CIVILISATION
Le kabuki est une des formes majeures du théâtre traditionnel japonais. Au Japon les représentations de kabuki font toujours salle pleine et elles sont également très prisées à l'étranger. Pourtant, il y a de cela cinquante ans, à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, cet art du spectacle typiquement japonais a failli disparaître à tout jamais après que les forces alliées d'occupation eurent mis à l'index une grande partie de son répertoire. Heureusement, Fabion Bowers, aide de camp du général Douglas Mac Arthur et passionné de kabuki, réussit à faire cesser toute censure à son endroit. Depuis lors, il suit de très près l'évolution du kabuki et il est revenu encore une fois cette année au Japon pour une visite, qui sera peut-être la dernière, à l'occasion de laquelle ses amis acteurs lui on réservé un accueil chaleureux.
ESSAI
Le parc de Moerenuma, dans l'île d'Hokkaidô, a été conçu par Isamu Noguchi. Beaucoup considèrent déjà ce lieu, qui a ouvert ses portes l'été dernier, comme le chef-d'oeuvre posthume du sculpteur américain décédé en 1988.
Index récapitulatif de 1993-2007
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