Table des matières et résumés
Numéro 82, hiver 1999


Index récapitulatif de 1993-2007
Retour à Cahiers du Japon
Note de l'éditeur (Masuzoe Yôichi)
Chronologie (Mai - Juin 1999)

LE PAYSAGE POLITIQUE EST EN TRAIN DE CHANGER

  • Enquête sur les orientations politiques des parlementaires (KABASHIMA Ikuo)

    Durant les mois de novembre et de décembre 1998, l'auteur a mené une enquête sur les attitudes politiques des 752 élus que comptent les deux chambres de la Diète. Il a notamment constaté un manque de cohésion idéologique flagrant au sein de la formation politique la plus importante du Japon - le Parti libéral-démocrate (PLD). Les positions affichées par les membres du PLD vont en effet de la droite jusqu'au centre de l'éventail politique. Mais il est fort possible que ce soit cette diversité qui permette au PLD de faire alliance avec toutes sortes de partis, notamment le Parti libéral, de droite, et le Kômeitô, du centre gauche.

  • Le Kômeitô, un virus qui infecte le monde politique (ENDÔ Kôichi)

    À la fin de 1998 le Kômeitô, qui avait fusionné avec le Nouveau parti du progrès (Shinshintô) quatre ans auparavant, s'est reconstitué sous le nom de Nouveau Kômeitô. Le "Parti pour un gouvernement propre" reste plus que jamais étroitement lié à la Sôka Gakkai (Société pour l'éducation par les valeurs créatives), une gigantesque organisation laïque d'obédience bouddhiste. En fait, on peut considérer le Kômeitô comme une machine politique chargée de dispenser les "bienfaits terrestres" qui sont au coeur de la doctrine de la Sôka Gakkai. Ces derniers temps, le PLD a été victime du mythe qui veut que la Sôka Gakkai puisse collecter 7,75 millions de suffrages dans l'électorat japonais ; il a fait alliance avec le Kômeitô lors de l'élection du gouverneur de Tôkyô et certains libéraux-démocrates utilisent leurs liens avec la Sôka Gakkai et sa branche politique pour accroître leur influence au sein de leur parti.

  • Propositions de réforme à l'issue d'une première expérience électorale (MASUZOE Yôichi)

    Masuzoe Yôichi -- commentateur politique de renom et rédacteur en chef des Cahiers du Japon -- fait partie des nombreuses personnalités en vue qui ont brigué le poste de gouverneur de Tôkyô au printemps dernier. Il a obtenu un nombre de voix tout à fait honorable, bien qu'il n'ait bénéficié du soutien d'aucun parti ou organisation et qu'il ait mené une campagne "artisanale" peu coûteuse, qui s'est limitée à une expérience de démocratie à l'échelon local fondée sur le bénévolat. Les citoyens ordinaires qui se présentent à une élection sont défavorisés par le système actuel. Une fois que la campagne électorale a officiellement débuté, les chaînes de télévision refusent en outre de diffuser le moindre débat entre les candidats bien placés, sous prétexte qu'elles devraient alors accorder le même privilège à tous les candidats en lice (Il y en avait dix-neuf pour le poste de gouverneur de Tôkyô).

    LES TRANSPLANTATIONS D'ORGANES

  • Mort cérébrale : une notion vivement controversée (YÔRÔ Takeshi)

    La Loi sur les transplantations d'organes, qui a été votée en 1997, a été mise à contribution pour la première fois en 1999. La première série de greffes d'organes provenant d'une personne en état de mort cérébrale réalisée dans l'Archipel a provoqué des remous extraordinaires dans les médias japonais ; les journalistes se sont rués sur cette affaire sans tenir aucun compte des sentiments de la famille du donneur. Voilà près de trente ans que le problème de la mort cérébrale fait l'objet d'un débat passionné au Japon. Cela tient à ce que les Japonais considèrent implicitement que la définition de la mort relève davantage de l'opinion générale que d'une décision du corps médical.

  • Réflexion sur la mort cérébrale et les greffes d'organes (SONO Ayako)

    L'auteur a fait partie de la Commission spéciale sur la mort cérébrale et les transplantations d'organes, qui a émis en 1992 la recommandation à la suite de laquelle la Loi de 1997 sur les transplantations d'organes a été adoptée. À son avis, il faut accorder aux donneurs comme aux receveurs la liberté de choix dans les limites du sens commun et du savoir médical. Sono Ayako réclame par ailleurs un contrôle très strict de la couverture médiatique des transplantations d'organes.

    ÉCONOMIE : COMMENT PROLONGER L'EMBELLIE?

  • Trappe de liquidité et assouplissement monétaire (KÔNO Ryûtarô)

    L'économie japonaise est tombée dans une "trappe de liquidité" si bien que la Banque du Japon se trouve dans l'incapacité de stimuler l'activité économique par un nouvel abaissement des taux d'intérêt. La banque centrale n'en doit pas moins augmenter l'offre de liquidités de façon à empêcher la hausse des taux d'intérêt à long terme. En dépit des pressions dont elle a fait l'objet, elle s'est prononcée contre l'augmentation de ses achats d'obligations d'État, considérant qu'il en allait de son indépendance. Mais si la Banque du Japon est véritablement autonome, elle doit pouvoir prendre en considération les mérites de ce type de moyens d'action dans la perspective du rôle qui lui incombe dans la stabilité économique du pays.

  • La politique financière au lendemain de la crise bancaire (YANAGISAWA Hakuo)

    L'auteur préside la Commission de rétablissement des finances récemment créée par le gouvernement en vue d'accroître le capital des banques et de régler le problème des établissements en faillite. À son avis, les banques doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour survivre et leurs responsables lutter comme si leur existence était en jeu afin de trouver les fonds nécessaires ; il faut en outre veiller à ce que les mesures temporaires prises pour consolider le secteur financier ne finissent pas par devenir des droits acquis.

  • L'excédent de production ; ses causes et ses remèdes (YOSHITOMI Masaru, TAKENAKA Heizô)

    D'après Yoshitomi Masaru, l'excédent actuel des capacités de production de l'industrie japonaise viendrait non pas d'un surinvestissement, mais d'une insuffisance de la demande due à la politique d'austérité budgétaire adoptée par le gouvernement en 1997 et à la déflation, consécutive à la faillite d'importants établissements bancaires et boursiers, qui s'est produite un peu plus tard au cours de la même année. Takenaka Heizô considère quant à lui que cet excédent trouve son origine dans les actifs non productifs et que le gouvernement doit encourager les entreprises à liquider leurs excédents de biens capitaux, à commencer par leurs usines et leurs équipements sans réelle utilité.

    CONSIDÉRATIONS À PROPOS DE L'AMÉRIQUE

  • États-Unis : entre désillusion et espoir (TERASHIMA Jitsurô)

    La crise du Kosovo a mis en évidence les limites de la mondialisation fondée sur la suprématie du marché telle que la prônent les États-Unis. L'attitude des Américains dans les conflits régionaux postérieurs à la guerre froide est non seulement arrogante mais aussi dangereuse. Le Japon doit prendre ses distances vis-à-vis des États-Unis tant du point de vue de la politique étrangère que de celui de l'économie. Mais en même temps, il lui faut se souvenir qu'il a beaucoup à apprendre des Américains et en particulier de leur capacité à transformer les idées nouvelles en réalisations concrètes.

    DIÉTÉTIQUE ET CULTURE

  • Le rôle des cantines scolaires dans l'évolution du goût au Japon (EHARA Ayako)

    Les cantines scolaires de l'après-guerre ont provoqué des changements considérables dans les habitudes alimentaires et les goûts des Japonais. De 1947 à 1976, les repas servis aux écoliers n'incluaient pratiquement jamais de riz -- le principal ingrédient de l'alimentation traditionnelle japonaise. En revanche, ils comportaient invariablement du lait et du pain, lequel constitue aujourd'hui encore la denrée de base des déjeuners consommés à l'école. Les menus des cantines scolaires ont ainsi familiarisé les enfants avec la cuisine occidentale tout en les éloignant de la culture culinaire de l'Archipel. Les Japonais consomment désormais moins de riz et davantage de viande, de lait et de produits laitiers que jadis. Certaines écoles mettent à présent l'accent sur les traditions alimentaires japonaises et les spécialités locales, mais elles ne constituent encore qu'une minorité et nul ne peut dire si leur tentative sera couronnée de succès.


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